La vie est changement

La vie est changement

Chaque jour me rapproche de ce jour. Un jour phare dans une existence. Dans moins d’un mois , j’aurai cinquante ans. Un âge que je ne m’imaginais pas atteindre à 20 ans. On m’a demandé si cette échéance m’inquiète.

50 ans ? Je vois devant le temps que j’ai encore à vivre sans pouvoir vraiment le définir. Je sais juste qu’il est compté donc précieux. Moins de temps à perdre avec des choses qui n’en valent pas la peine. Plus de temps à profiter de simples bonheurs. Moins de temps à peser le pour et le contre. Plus de temps à réaliser des rêves qui m’enthousiasment. Moins de temps à accorder aux peurs. Plus de temps à nourrir la joie et l’amour.
Je sais aussi le temps que j’ai eu à construire ma vie de femme. La première fois que je suis tombée enceinte, si j’avais écouté les histoires alors véhiculées sur les accouchements, j’aurai pris peur. Mais assez rapidement, je me suis dit qu’accoucher était certainement la chose la plus naturelle qu’il soit. J’ai préféré me fier à ce que je me racontais plutôt que d’écouter des scénarios anxiogènes. Je me suis dit plutôt qu’anticiper le pire, j’aviserai le moment voulu en fonction de ce que je vivrais. À partir de ce moment, j’ai profité de ma grossesse pour créer une relation à mon corps et à la vie qui se déployait en moi la plus bienfaisante possible. À partir de ce moment, le temps est devenu un compagnon de route pour le meilleur.

Aujourd’hui, plus riche de mes histoires intimes, me vient la certitude que mes 50 ans et les années qui suivront seront tout autant imprégnées par mon système de pensées que de la manière dont je ferai face aux circonstances.
L’approche de cet anniversaire donne au temps qui passe une saveur particulière. Je suis curieuse de découvrir celle que je deviens. Le temps, c’est la vie qui encourage notre métamorphose.

L’héritage de ma mère

L’héritage de ma mère

Des virages à n’en plus finir. Je rends visite à ma mère qui se trouvent dans un centre d’amaigrissement. Le voyage me semble interminable, d’autant que j’ai l’impression que cela fait des mois qu’elle est enfermée dans cette chambre grise où je la découvre assise sur son lit, souriante comme toujours. En réalité, elle y sera restée trois semaines.

Ma mère a toujours caché sa tristesse derrière son sourire. Et de la tristesse, elle en a des tonnes qui pèsent des kilos sur ses hanches. Des kilos qu’elles tentent de perdre au gré de ses innombrables régimes. Tout comme les kilos de colère collés à ses fesses qu’elles n’arrivent pas à déloger définitivement.

Ces douleurs, ces colères, quelles sont elles ?
Des traumas d’enfance et d’adolescence.
Des déceptions de vie conjugale.
La pression sociale qui impose la minceur. 

En la regardant ce jour là sourire, je devine les questions qu’elles se posent : comment aimer son corps quand on est mal dedans ? Comment vivre sa sexualité, sa vie de femme épanouie quand on se s’aime pas ? Comment être heureuse quand son corps limite, enferme, fait souffrir ?

Pour ma mère, pendant une grande partie de sa vie, la réponse à ces questions étaient de suivre des régimes. Pourtant, elle n’a pas cessé de grossir lentement mais sûrement, jusqu’à ce que des pathologies prennent le relais : diabète, asthme, cancer du sein, destruction d’un poumon. Elle rendait son poids coupable de son mal de vivre. Quoi de plus normal que de vouloir éliminer ce qui rend malheureux ? 

La vie de ma mère a façonné la femme que je suis devenue.

j’ai vu ma mère se débattre avec ses problèmes de poids en enchaînant méthode sur méthode, régime après régime. Sans succès. En étant le témoin de ces batailles j’ai compris.

J’ai compris que les régimes ne résolvent rien.
J’ai compris qu’il fallait d’abord s’aimer telle que l’on est pour construire sa vie. 
J’ai compris que les problèmes de poids déplacent l’attention et empêchent de s’occuper des vrais problèmes.

Merci à ma mère de m’avoir tant enseigné.

Mon corps en liberté

Mon corps en liberté

Je ne sais ni comment, ni pourquoi. 

Ce jour là, les vagues revigorantes de la Méditerranée me donnent l’envie d’y plonger. Je suis cet appel en me jetant dans l’écume blanche.Je saute, avant de m’immerger sous l’eau. J’en jaillis. Je sens l’air fouetter mon visage, ma poitrine, mes cuisses. Je disparais à nouveau dans la houle. Je ris à gorge déployée. Je me sens tellement vivante. Je n’ai plus la notion du temps jusqu’à ce que j’entende la voix de mon mari:

Je ne t’ai jamais vu aussi heureuse. 

Je sors aussitôt de l’état qui est le mien. Au-delà de ce que croit mon époux , mon corps lui exprime sa propre vérité. Ce que j’étais en train de vivre intérieurement était la liberté plus que le bonheur.

Aujourd’hui dans ces temps d’incertitude, ce souvenir remonte. Que souhaite-t-il me dire ?
Alors que les doutes m’assaillent. Alors que demain m’inquiètent, alors que je ne sais pas vraiment à quoi, à qui me fier, ce souvenir revient pour m’indiquer que là, dans mon corps plus qu’ailleurs, loge ma réalité. 

Alors pour revenir à ce que mon corps sait et que les bruits de monde m’empêchent t’entendre, je pars marcher à travers la montagne. Au fur et à mesure des pas, mon corps laisse plus de place à l’apaisement. 

Ce dont je peux être certaine désormais, c’est que le corps lui, ne ment pas.

Il n’est jamais trop tard

Il n’est jamais trop tard

Les mots m’ont parfois fait défaut par choix inconscient, par censure personnelle, ou pour éviter de blesser, de remuer le couteau dans la plaie. Me taire était aussi une manière de me protéger d’interprétations erronées et d’y réagir de manière à aggraver la situation.

Mais que faire alors de ces mots tus ? Mes lectures m’ont montrée une voie.

Les mots des autres, de certains autres, qui sont peut-être animés par un goût merveilleux pour la Vie, m’ont souvent permis de transformer mon regard. Ils m’ont aidé à poser des mots sur mes propres ressentis. Ils m’ont donné une ouverture sur d’autres possibles que celui que je connaissais. Ils m’ont laissé croire que les mots gardés dans le secret de leur âme, peuvent quand ils sont écrits, changer des vies. Ils m’ont apportée réconfort, ou espoir, ou force quand j’en manquais. Ils m’ont autorisé à créer la vie qui m’attirait. Une vie faite de plus d’Amour et de beauté dont j’ai la certitude qu’elle pourrait, cette vie, s’étendre à tous. 

Je rêve d’un monde plus harmonieux. Un monde où le vivant serait au centre de nos questionnements et de nos actions. Un monde où il découlerait plus d’égalité, plus de communion, plus de douceur de vivre pour tous les êtres vivants.

Je crois que les mots ont le pouvoir de transmettre ce que nous portons dans notre cœur mais aussi de créer plus de lumière quand dedans il fait sombre, plus de chaleur quand il fait froid, plus d’espérance quand elle s’essouffle. Les mots nourrissent nos cœurs pour laisser fleurir ce qu’il y a en nous de meilleur.

Il y a longtemps, un vieil ami de mes parents, alors qu’il lisait mes poèmes d’enfants m’a dit ces mots qui aujourd’hui reviennent en échos : “N’arrête jamais d’écrire”. À l’aube de mes 50 ans, honorais-je la réponse que je lui avais faite ? 

Il n’est jamais trop tard pour tenir ses promesses…