« Le meilleur moyen de prédire l’avenir est de le créer » Abraham Lincoln

Enfant, je ne me suis jamais posée de questions sur mon corps. Je vivais plutôt bien en sa compagnie. Je pratiquais pleins d’activités qui le sollicitaient : danse, ski, gymnastique. On me disait douée, casse-cou. Cependant, comme à l’école, mes professeurs voulaient me pousser à plus, me faire entrer dans la compétition, ce qui ne soulevait aucun intérêt pour moi. Je gardais toutefois en tête, qu’avoir du plaisir dans les différentes disciplines sportives, ne suffisait pas aux yeux des autres.

À 12 ans, je rentre d’un séjour linguistique de 3 semaines que j’ai détesté. Mon corps, lui, rentre avec 7 kilos en plus. Je me mets immédiatement au régime. C’est le début, mais je ne le sais pas encore, d’un long chemin  de privations, de compulsions, de moyens en tout genre pour correspondre à l’image que l’on se fait de moi, et à celle, idéale, que je m’impose.

J’ai 13 ans, 16 ans, 18 ans, 20 ans, je subis des attouchements, je reçois des regards et des mots pervers d’hommes qui ont l’âge de mon père, je suis l’objet de gestes déplacés. Toutes ces expériences altèrent la complicité que j’avais jusqu’à présent avec mon corps. Elles détruisent l’image et l’estime de moi-même . Je me réfugie encore plus dans le contrôle alimentaire. J’alterne les périodes de boulimie et celles d’anorexie. Ma relation à mon alimentation est à la fois un refuge et une torture. Mon corps joue aux montagnes russes. Je grossis, je maigris au rythme de mes humeurs.

Mon adolescence, cette période où je me sens complètement perdue, c’est pourtant celle où je sais une chose : ce que je veux faire dans ma vie. Esthéticienne. Est-ce que je sais que c’est ce métier qui m’aidera à réparer l’image que j’ai de moi ? mon estime ? ma confiance ? Est-ce que je sais que c’est ce métier qui m’amènera à l’introspection ? À découvrir des pans complètement oubliés de mon être ? En lisant, en m’informant, en suivant des formations, je me mets à la recherche de ce qui peut faire du bien au corps et à l’esprit. Je me forge ainsi mon propre univers.

Pourtant, je mettrais plus de vingt ans à me sortir des TCA. Je  trouve une porte d’entrée pour me sortir de cette prison lors d’un stage en décodage biologique. C’est une discipline en médecine alternative qui vise à voir le message de la maladie dont souffre la personne. Je reçois lors de la première journée du stage un message sous forme d’objectif  : m’ouvrir à la vie. À partir de là, j’enchainerais stages, séminaires, ateliers, thérapies, formations en relation d’aide et en développement personnel.

Petit à petit et à ma façon, je vais retrouver une relation sereine à une alimentation sans avoir peur de prendre du poids , sans ne plus jamais faire le yoyo. Petit à petit, je vais apprendre à aimer mon corps, à m’aimer tout court et à me faire du bien autrement qu’en me faisant du mal. Petit à petit je m’ouvre à la vie, à ma vie, la remplissant de ce qui me fait vibrer pour continuer d’avancer.