« La vie heureuse est celle qui est en accord avec sa propre nature » Sénèque

Suis-je heureuse ?

Cette question vous arrive-t-il de vous la poser ? Ou courrez-vous après un bonheur qui vous échappe ? Qui vient mais qui repart presque aussi vite ? Qui dépend d’un amour, d’une expérience, d’un contexte, d’un objet, de TELLEMENT de choses que vous continuez d’avancer en quête d’y arriver, de l’obtenir et à travers cet amour, cette expérience, ce contexte, cet objet, cette autre chose atteindre le bonheur tant recherché ? Et puis quand vous y êtes ça y est… une autre quête vous appelle, comme une ombre qui vous empêche de voir qu’heureuse vous l’êtes vraiment ?

Cette question s’est glissée en moi un matin pendant mes pages d’écriture.

Ce que je dois vous dire, c’est qu’heureuse, je ne l’ai pas toujours ressenti, ni été. C’est l’état de mal-être que je vivais à une époque qui m’ a conduit sur les chemins du développement personnel et des thérapies. Je ne voudrais pas jeter le bébé avec l’eau du bain… (c’est aussi ce qui amène de nombreuses (toutes) personnes à la reconquête d’elle-même.)
Une fois un pied dans cet univers, j’y ai sauté à pied joint comme j’aurais attrapé une bouée de sauvetage pour nager dans un océan immense. Si cet univers m’a aidé à des prises de conscience salutaires, m’a fourni des tonnes d’idées pour vivre mieux, pour être heureuse, certaines que j’ai appliquées, m’a accompagné sur un chemin d’expansion personnelle, il n’en reste pas moins qu’il peut être un piège (ce fût le cas pour moi) pour la non-reconnaissance de l’état d’être heureux car il ne vous dit pas comment apprendre à nager. Il vous maintient dans une sorte de jamais assez bien.

Selon lui, tu peux être mieux. Tu peux devenir la meilleure version de toi-même. Tu peux exprimer ton meilleur potentiel. Et attention car si ce n’est pas le cas, tu fais partie de tous ces gens qui resteront malheureux, inconscients, dans la norme du troupeau qui ne comprends rien et qui, au lieu de vivre une vie XXL , une vie de félicité, survivra au mieux, restera tel qu’il est toute sa vie.
Tu veux être heureuse? dit-il . Tu es responsable, alors applique ce que je te dis et tu accéderas à TOUT ce que tu désires et tu seras enfin heureuse.

Mais être heureuse, c’est ÊTRE. Ce n’est pas avoir. On ne dit pas : j’ai heureuse. On dit : je suis heureuse. Alors, n’est ce pas une tromperie que de nous faire croire qu’être heureuse vient après que tu auras obtenu tout ce que tu désires ? Un peu comme à la fête foraine où tu gagnes la grosse peluche après avoir dépensé trois fois son prix pour tirer sur des ballons qui te donnent droit au sein graal.

J’ai sur mes étagères, sur mon bureau, des tonnes de livres de développement personnel qui me promettent qu’en appliquant LEUR principe, j’arriverai enfin à ce que je veux. Mais pour avoir obtenu bien des choses que je souhaitais, je puis vous assurer que cela n’est pas le bonheur, cela fait juste partie du bonheur qui est déjà présent à l’intérieur de moi et que mes croyances, dont celle que je ne suis pas encore suffisamment heureuse, pas encore suffisamment bien, cachent pour que je continue de chercher.

Et si j’étais heureuse ?

Oui, c’est ce qui m’est venu après m’être posé la première question.

Qu’est-ce que cela changerait ?
Arrêterai-je de chercher à embellir ma vie ?
Tomberais-je dans une forme de léthargie où rien ne m’atteindrait ?
Deviendrai-je insensible à ce qui m’entoure ?
Est-ce que j’évoluerai encore en tant qu’être humain ?
Est-ce que je risque de mourir parce que j’aurais tout pour être heureuse ?

Voltaire a dit : j’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé. Cela peut être en effet une motivation. Mais en ce qui me concerne, c’est simplement que cette question m’a ouvert une porte. Celle de la conscience que j’étais heureuse sans décision ou choix. Qu’être heureuse précède la réalisation du désir. Alors,  si j’étais vraiment heureuse malgré les imperfections de ma vie, au-delà des événements qui ne se déroulent pas toujours comme j’aimerais, en étant comme je suis ici et maintenant, en accueillant la vie telle qu’elle est et en faisant de mon mieux,  mais l’être, le ressentir, l’amener dans mon champ de conscience ?

Un grand calme s’est installé en moi, une respiration, un bol d’air. Si j’étais heureuse, ma vie serait telle qu’elle est, telle que je la crée jour après jour. Je réaliserai certains de mes rêves et pas d’autres, je vivrai de grandes joies comme de grandes peines. J’aimerai encore me lever pour me lancer dans une nouvelle journée dont fort heureusement je ne maitrise pas tout. Je vivrai, j’évoluerai au gré du temps parfois dans la lourdeur, bien plus souvent avec légèreté. J’aurais parfois à fournir des efforts, d’autres fois à laisser aller. J’aurai des défis à relever et des moments à savourer.

Si j’étais heureuse, je n’arrêterai pas de lire des livres de développement personnel parce qu’ils sont pleins d’idées créatives qui égayent mon quotidien, parce qu’ils me permettent de tester des ingrédients pour me faire ma propre recette. Parce qu’ils nourrissent ma curiosité insatiable.
Mais aucun d’eux n’a le secret de la joie intérieure. La seule personne qui détient cela c’est moi, c’est toi, c’est vous.

Belle journée ♥