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Avez-vous entendu parlé de l’histoire du chêne de Fajou ? Ce chêne qui avant de devenir un chêne était un simple gland, et avant d’être un simple gland, était une simple graine comme il en existe tant.

Oui ? Non ? 

Laissez-moi vous conter ce qu’il m’a confié  quand je l’ai rencontré un bel après-midi de promenade dans mon Ariège natale.

Aujourd’hui âgé de plus de 400 ans, haut de 25m avec une circonférence de plus de 5m, il accueille les promeneurs avec sa grande sagesse.  Il a planté ses racines dans cette campagne encore préservée de la folie des hommes. Il a pour voisins, une église et un cimetière. Il se tient droit au bord d’une petite route de campagne qu’il est agréable d’emprunter quand on désire s’échapper du bruit des villes.

Alors que je me collais à lui afin d’absorber un peu de sa belle énergie, il m’a dévoilé son secret, celui qui lui a permis de devenir cet arbre majestueux et remarquable dont l’humilité le rend si attachant. 

« Tu sais, me dit-il, avant de devenir l’arbre que je suis, et que tu rencontres aujourd’hui, j’ai été une simple graine qu’un souffle de vent a déposé là avec l’intention d’apporter à ce lieu un espace pour les oiseaux et surtout une contribution à la Vie de cette planète. Le fruit des circonstances précises m’échappe. Mais peu importe! Parfois, s’éterniser sur le passé ne conduit pas forcément très loin. Le fait est, que la graine a germé grâce à des conditions extérieures qui ont nourri ses besoins : soleil et pluie, chaleur douce, sol propice… et une volonté intérieure de voir la lumière, de grandir, d’apprendre, sans savoir ce que la vie me réservait , ni les expériences qui m’attendaient… Dans la graine, tout le potentiel de l’arbre que je suis existait, mais personne, même pas moi à cette époque et celles qui suivront n’auraient pu s’en douter. Ou peut-être un sage jardinier…

Et puis, même si au départ, les conditions ont permis ma germination, ne vas pas croire que mon développement s’est passé sans encombre, et que je suis passé du stade graine au stade chêne du jour au lendemain.

Je me souviens, au tout début, combien de fois j’ai eu peur d’un lapin, d’un moineau ou d’une de ces espèces animales qui se régale d’une graine comme un enfant d’un bonbon. Je ne dois ma vie, à ce moment-là, qu’à une peur plus grande encore pour mon prédateur ou une curiosité le détournant de moi. D’autres fois, j’ai eu à résister aux piétinements de promeneurs, ou à des vents violents, ou à des pluies diluviennes. Combien de circonstances extérieures auraient pu m’anéantir?

Mais, à chacune de mes victoires sur toutes ces expériences qui se présentaient à moi, je développais ma force, mon courage, ma confiance, mon estime. Aussi, les difficultés sans disparaître complètement ont eu moins d’effet sur ma croissance au fur et à mesure que je prenais ma place.

Il y a bien eu aussi, au moment de la construction de l’église, des hommes qui auraient voulu me couper la tête. Le regard que l’on a porté sur moi aurait parfois pu me détruire. Mais je n’ai pas voulu donner ce pouvoir à ceux qui me méprisaient. J’ai préféré écouter le cœur des gens. De belles rencontres m’ont permis de me sentir beau et utile, de reconnaître ma singularité et mon importance dans ce monde. Tu sais, tout seul, on est pas grand chose et même si le regard de l’autre peut parfois nous fragiliser, il n’en demeure pas moins que l’altérité demeure une richesse pour croître et développer tout son potentiel.

A quoi tient la vie d’un arbre, me demandes-tu?  A la graine qui contient tout son potentiel? aux conditions de vie dans lesquelles il grandit? aux expériences qu’il rencontre et à la manière qu’il a de les vivre? aux rencontres sur son chemin, et au temps qui apporte ses fruits? à la chance, aux hasards, au subtile et au merveilleux ? … oui sans doute de tout cela.  Mais surtout et avant tout, la vie d’un arbre comme moi tient à l’Amour. L’Amour qui s’affranchit des jugements, des à-prioris, des conclusions toutes faites. L’Amour qui laisse le temps et l’espace pour être et continuer de devenir . Sans Amour, crois-moi rien de bon ne pousse. 

Alors maintenant que je t’ai dévoilé mon secret, garde-le bien dans la chaleur de ton cœur, pour quand tu doutes, quand la vie  te secoue. Saupoudre tout cela d’amour et laisse faire sa magie. Alors sois assuré-e que que tu es sur ton chemin, tu es à ta place, là où tes propres racines prennent leur force pour permettre à ton être d’incarner qui tu es.»

À très bientôt 💖