Mon corps et moi

« Un beau corps avec une mauvaise âme, c’est un beau navire avec un mauvais pilote. » Ménandre

Votre corps et vous 

C’est quoi votre rapport à votre corps ? Une lutte acharnée pour le rendre comme il vous plait ? Un abandon plus ou moins total sous couvert de prétextes qu’il y a des choses plus importantes dans la vie ou que vous n’avez pas vraiment le temps de vous en occuper ou pas l’envie? Vous vous en fichez royalement sauf quand il se rappelle à vous quand il est en peine ?
Comment le nourrissez-vous ? Quels soins lui apportez-vous? De quelle manière vous adressez-vous à lui ?
Est-il un ami, un ennemi, un allié, un partenaire ? Comment le considérez-vous ?

Votre corps, celui qui vous a accueilli le jour de votre naissance.

Oh, vous ne l’avez pas vraiment choisi ! Vous avez pris ce qu’on a bien voulu vous transmettre !

Vous avez râlé contre lui, tenter de le manipuler de diverses manières. Mais quoi que vous fassiez, il finit toujours par n’en faire qu’à sa tête.

Il s’épaissit sous les kilos quand il veut vous protéger. Il fond comme neige au soleil, quand vous êtes amoureuse.

Il vibre sous les caresses ou peut-être qu’il a du mal à être touché.

Votre corps, vous ne l’aimez pas toujours. Vous préférez l’ignorer sauf quand vous êtes un peu obligée, quand vous choisissez vos habits pour le cacher, du moins les parties qui ne vous plaisent pas.

Votre corps que vous voyez en morceaux : les fesses, les seins, le ventre, les cuisses, les hanches, les pieds…

Votre corps sans tête, votre corps et vous, votre corps qu’en dites vous ?

Mon corps et moi

Mon très cher corps,

Ce matin, je suis partie courir avec toi.
Après avoir enfilé un legging pour mettre tes jambes à l’aise, une brassière pour soutenir tes petits seins, un tee-shirt et un sweet pour te protéger de la fraîcheur, j’ai noué les lacets de mes baskets.
Ensemble, nous sommes partis nous dégourdir, nous remplir, nous faire du bien.

Accompagnés de Maya, toi et moi, nous avons commencé à poser un pied devant l’autre, accélérant petit à petit l’allure jusqu’à trouver celle de croisière, celle que le souffle supporte.

Jamais, tu ne m’as fais défaut.
Depuis que je suis née, tu es présent. J’habite en toi. Tu me loges. Tu es ma demeure, mon temple, ma cabane, ma maison chérie.
Cela n’a pas toujours été vrai.
Car parfois, je t’ai haï.
Mais quoi que je t’ai fait subir, quoi que j’ai pu t’infligé, TOI, fidèle parmi les fidèles, tu es resté avec moi.

Toute petite, il m’a été rapporté que tu faisais la fierté de mon père. Il disait à ma grande sœur de prendre l’exemple quand elle avait peur de plonger dans la piscine, de faire le cochon pendu sur le trapèze, de nager dans les vagues, de s’élancer sur une piste de ski, de sauter, de courir, de danser, de bouger.

Regarde, Sybille, elle n’a pas peur, elle !

Non, c’est vrai, avec toi comme allié, je n’avais pas peur. Toi et moi on formait une belle équipe. Toi et moi, on ne se posait pas dix mille questions. Ce qui nous faisait envie, on le tentait quitte à te casser la jambe. Après j’étais la petite reine de l’école avec mon plâtre, mes vis et ma chaise roulante.
Aussitôt remis sur pieds, nous repartions de plus belles. Tu as en reçu des chocs, des douleurs, des coups. Des points de sutures par ci, d’autres pas là, un écharpe pour soutenir ta clavicule, des bandes pour protéger ici un genoux, là un pouce.

J’ai adoré danser avec toi. Je crois que c’est là qu’on s’est apprivoisé toi et moi. Madame Subias nous criait dessus, mais quand le gala arrivait toi et moi, surtout moi, on pouvait se prendre pour une star, surtout que là j’avais les yeux de mes parents braqués sur moi. Comme j’étais heureuse alors à ce moment-là.
Qu’est-ce qu’on s’est amusé devant le miroir de la chambre à imiter ma chanteuse préférée ! Là encore , mon corps, tu te régalais de te déhancher sur la musique entrainante. Et moi j’adorais ça te voir et te sentir vivant.

À cette époque là, nous formions vraiment une belle paire. Mais cela n’a pas duré.

Je me suis mise à te regarder différemment. J’ai commencé à me fâcher avec toi après un séjour en Angleterre où loin de chez moi, tu as pris sept kilos en trois semaines. Non, mais là, je me suis sentie trahie, abandonnée. Et puis, tu commençais à prendre des formes. Les garçons me regardaient et me considéraient autrement. Des mains aux fesses dans la cours de l’école, un baiser volé dans une fête foraine, berk !
C’était plus vraiment amusant d’être avec toi. Le pire était à venir. Le désir que l’on nous impose, tout ça parce que tu changes, parce que tu deviens. Sans me prévenir. Sans rien me dire.

Je regardais autour de moi. Et ce que je voyais était plus beau. La poitrine d’une amie que j’enviais, les longues et fines jambes d’une autre qui, elle avait continué la danse.

Toi, tu gardais un bourrelet sur ton ventre, tes seins m’apparaissaient minuscules, tes cuisses me semblaient énormes dotées qui plus est d’une culotte de cheval et d’une peau d’orange que j’abhorrais. Tu n’arrêtais pas de faire le yoyo pendant que ta sœur restait toute menue. Je te trouvais difforme. Je te détestais.

C’est à ce moment là, que j’ai voulu te contraindre. T’obliger à correspondre à l’idée que j’avais de toi. Mais au final, cela restait toujours une idée que je n’arrivais pas à atteindre. Même quand la balance m’indiquait mon poids idéal. Je te trouvais jamais assez bien, jamais comme il faut.

Parfois, je faisais une trêve dans la guerre que je t’avais déclarée. Un court moment. Un moment de répit pour nous deux.

Quand, nous avons subi les attouchements. Plus tard encore, les mots, les gestes, les regards salaces des hommes bien plus âgés, alors, tu es devenu pour moi un danger. Un ennemi plus que jamais.

Tu me faisais horreur. Et je t’en ai fait voir de toutes les couleurs.

Il en aura fallu de la patience, du temps, et d’autres expériences, notamment celle de mon amoureux pour que petit à petit, j’arrive à nouveau à t’apprivoiser. Et doucement, lentement à t’aimer tel que tu es.

Après cela, tu as été ok pour porter deux enfants. Deux magnifiques filles que j’allais devoir accompagner vers la féminité. Pour moi, il n’y avait pas trente six mille solutions : je devais être en paix avec toi pour leur montrer l’exemple. Je devais être fier de toi. Je devais t’aimer, t’aimer, t’aimer.
Ces deux enfants, je les ai senti bouger dans ton ventre. Je rigolais quand il se déformait sous les petits coups que mes filles me donnaient.
Quelle responsabilité que de loger à cet endroit, celui qui abrite aussi les émotions, notre second cerveau, d’aucun disent le premier, deux merveilles vierges de tout.

J’ai adoré ces moments avec toi comme compagnon pour amener deux êtres jusqu’à la vie.
Mais pour être honnête avec toi, j’ai flippé quelquefois.
Peur que tu me trahisses à nouveau
Peur de te perdre : Et si je n’arrivais pas à te retrouver ?
Peur de t’oublier au profit de mes enfants, au profit du rôle de maman dans lequel j’allais m’engouffrais follement.

Aussi, après mes grossesses, je me suis empressée de te récupérer. Au sortie de la maternité pour la première, moins de 2 mois pour la deuxième. Mais à quel prix ? Celui encore une fois du contrôle sur toi.

Je me rends compte aujourd’hui, que ce contrôle, cette façon que j’avais de te manipuler à ma guise, de te laisser de mon plein gré, de te récupérer, c’était une manière de te garder près de moi à défaut de t’habiter pleinement. Une manière de ne pas te perdre définitivement comme j’avais vu ma mère le faire en abandonnant son corps à des spécialistes en tout genre.

Toi, pendant tout ce temps, tu as TOUT accepté. Près de moi, avec moi, sans moi, tu es resté. Tu es resté jusqu’à ce qu’enfin j’arrive à t’aimer pour de vrai.

Cela a commencé par un dessin où je t’avais dessiné les yeux fermé amputé d’une jambe. Cela m’a mis la puce à l’oreille : Tiens bizarre la manière dont je te perçois au fond de moi !
Je suis allée me faire accompagner par une thérapeute sous un autre prétexte, mais la réconciliation était en cours.

Plus tard, tu as failli me lâcher. Alors que depuis un certain temps déjà je ne te faisais plus subir les compulsions, je me suis retrouvée avec le cœur que bat trop vite, des sueurs sur ta peau, la tête prête à exploser après un repas trop lourd pour moi chez mes parents. Et d’un seul coup d’un seul , plouf, je suis partie dans un ailleurs, te laissant dans les mains de mon amoureux (oui encore lui pour nous sauver) qui prenant sont courage à deux mains m’a fait revenir de je ne sais pas d’où.

À partir de là, je suis allée voir un autre thérapeute pour parler et construire petit à petit notre nouvelle vie, toi et moi.

J’ai arrêté de vouloir te modeler selon l’image que je me faisais de toi. J’ai écouté tes besoins. J’ai pris soin de te faire du bien.
Alors je me suis servi de ce que je connaissais, l’alimentation, le sport, la beauté pour complètement t’accepter.
Je n’essaye plus de te plier à mon bon vouloir. Je reconnais tes limites. Elles évoluent avec le temps. Ensemble, nous privilégions le plaisir. Si je force, tu me le rappelles gentiment.

Par bonheur, tu ne m’infliges pas de lourdes maladies comme ont eu a souffrir ma mère et ma sœur. Ce fichu cancer du sein qui touche de plus en plus de femmes. Cette maladie comme un hurlement.

Aujourd’hui, alors que toi et moi nous courions, que je sentais mon cœur battre bien au chaud, que je te sentais  vivant et vibrant, tout cela m’est revenu.

Et je voulais t’envoyer une prière, une prière d’amour pour te dire que le temps passant, je sais que tu vas encore changer. Que tu auras encore plus besoin de douceurs et de tendresse. Je veux te faire la promesse que je serai là je serai là.

Voici ma prière :

Je suis désolée pour tous ces moments d’aveuglement où je t’ai mal traité, mal aimé, détesté, délaissé.
Je te demande pardon pour t’avoir négligé, nié, malmené, rejeté, abandonné.
Je te remercie pour ta présence infaillible, pour ta patience, pour m’avoir guidée jusqu’à aujourd’hui sur un chemin de lumière où la paix et l’amour seuls prévalent. J’ai tellement de reconnaissance pour toi, mon corps.
Je t’aime

Et je te promets de prendre soin de toi aussi longtemps que tu seras mon temple, ma demeure ici bas. Ce lieu qui m’abrite en toute circonstance.

Mon corps et moi

 

 

 

Sybille

Et vous, qu’aimeriez vous écrire à votre corps ?

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2017-08-11T18:17:31+00:00

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