Le pain 100%nature au cœur du vivant

« Nous sommes bien là dans ce que les alchimistes appelaient transmutation » Roland Feuillas

Bonjour,

J’ai 3 ou 4 ans. Nous rentrons d’un mois de vacances dans le village espagnol de ma grand-mère maternelle. Mes parents, avant de partir, sont passés par la boulangerie, récupérer une grosse miche de pain. Ce dont je me souviens, outre les différents carquiñolis, mantecaos, almendrats, casquetas, et magdalenas dont je me régalais, c’est l’odeur. L’odeur enivrante que nous offrait chaque jour la boulangerie du village. Cela me procurait, à elle seule, une joie immense. Une joie d’enfant pure et innocente.

Pendant ces vacances d’insouciance, je joue avec le pâton de pain que ma Tieta me ramène de cette boulangerie. Je joue à être boulangère. Avec mes petites mains, je confectionne une multitude de gâteaux et de pains que je m’empresse d’engloutir, comme ça tout crus. Ce jeu m’occupe un long moment. J’ai tant de plaisir à toucher, caresser cette pâte vivante sous mes doigts. J’ai tant de joie à la transformer en petites merveilles. Elle devient, à l’aide de mon imagination, toutes ces douceurs que ma famille me transmet à travers ces trésors boulangers.

Durant le voyage qui nous ramène vers la France, un long voyage de six heures, je déguste par petites bouchées, le pain posé sur la plage arrière de la voiture. Personne ne s’en rend compte jusqu’à l’arrivée. Le pain a disparu.

Plus tard, quand la nourriture deviendra un problème, la cuisine et notamment la confection du pain deviendront un espace de sécurité, un lieu d’apaisement, un endroit de partage. Je fais. Les autres goûtent.
J’acquière peu à peu la confiance qui me fait défaut par ailleurs. Dans la cuisine, mes erreurs m’apprennent. Mes réussites me rendent fière. Je suis mon seul juge. Et le plaisir que je prends et les retours élogieux me permettent de persévérer dans mes essais culinaires.

C’est à cette époque, alors que je me débats avec mes comportements destructeurs, que j’acquière des connaissances alimentaires. Je me nourris de livres de cuisine, de diététique. J’apprends sur les différents chemins possibles pour trouver mon équilibre. Heureusement pour moi, je ne crois pas tout ce que je lis, entends. Je teste. J’expérimente. Et je me fais ma propre idée.

Le pain, fil conducteur de mon histoire.

J’aurais tout essayé. Manuellement. Avec une machine à pain quand ce fût la mode. Avec les robots ménagers que j’avais sous la main. Jamais complètement satisfaite. Alors mon pain j’allais l’acheter à la boulangerie.

Où que j’aille, quelque soit le voyage, le premier lieu visité était la boulangerie. Attirée comme un aimant par les odeurs, l’atmosphère, l’accueil et le pain. Le pain maître des lieux.

Et puis, ce jour de l’année 2014, une voix. J’écoutais à la radio l’émission de François-Régis Gaudry, on va déguster. Cette voix me parle de pain. Pas n’importe lequel. Celui de mon enfance. Celui qui me procurait tant de plaisir, tant de joie, tant de moments heureux. Cette voix me racontait l’histoire de ce pain. D’où il venait. De la terre. Du travail et du respect des hommes qui cultivent un blé. Un blé qui laisse la terre vivante. Qui donne aux blés la vie. Ce même blé qui devient farine sous des machines qui ont elles-même une histoire. Une histoire de vie, de respect encore et de transmission. Cette farine, qui donne aux pains des qualités perdues par ailleurs.

Je ne peux pas faire autrement que de rechercher cette voix. De la trouver. Et d’aller à sa rencontre pour apprendre. Pour apprendre enfin le secret du pain.

Me voilà, en ce mois d’octobre de la même année, arpentant au volant de ma Citroën C3 les routes sinueuses de l’Ariège puis de l’Aude pour me rendre dans un village rendu célèbre par un curé. Le curé d’Alphonse Daudet. Le curé de Cucugnan.

L’abbé Martin était curé… de Cucugnan.

Bon comme le pain, franc comme l’or, il aimait paternellement ses Cucugnanais ; pour lui, son Cucugnan aurait été le paradis sur terre, si les Cucugnanais lui avaient donné un peu plus de satisfaction. Mais, hélas ! les araignées filaient dans son confessionnal, et, le beau jour de Pâques, les hosties restaient au fond de son saint ciboire. Le bon prêtre en avait le coeur meurtri, et toujours il demandait à Dieu la grâce de ne pas mourir avant d’avoir ramené au bercail son troupeau dispersé.

Or, vous allez voir que Dieu l’entendit.

Un dimanche, après l’Évangile, M. Martin monte en chaire.

« Mes frères, dit-il, vous me croirez si vous voulez : l’autre nuit, je me suis trouvé, moi misérable pécheur, à la porte du paradis.
Je frappai : saint Pierre m’ouvrit ! »

Je découvris le paradis.

Pendant ces cinq jours que je passais à Cucugnan, sous les mots et les gestes de ce couple merveilleux qu’est Roland et Valérie Feuillas, je m’imprégnais par tous les pores de ma peau de ce qu’ils avaient à me transmettre.

Le pain.

Le pain, ce n’est pas simplement une technique que l’on appliquerait bêtement pour obtenir du beau et bon pain.

Le pain c’est du vivant qui vient vous transformer en profondeur.

Le pain ce n’est pas ce produit de consommation courante que l’on nous vend par million.

Le pain c’est de la vie qui se partage.

Le pain. Ce pain rend humble. Ce pain vous apprend la persévérance. Ce pain répond à vos humeurs. Et sa beauté en découle.

Ce pain est nourricier si vous l’avez vous même nourri de votre amour.

Ce pain vous apprend la patience, l’organisation.

Il vous transmet le désir. Le désir d’être en vie.

Quand je suis revenue de ce lieu d’un autre temps, j’ai eu la chance que mon père m’offre le robot ménager qui allait m’aider à fabriquer le pain. Cela est une aide. Mais j’en connais qui choisisse de le faire à la main.

J’ai commencé par faire mon levain. Cela m’a pris quelque jours. Quelques jours à observer le vivant se multiplier; à le nourrir comme je l’avais appris. À en prendre soin comme la prunelle de mes yeux.

Une fois prêt, j’allais pouvoir faire mon premier pain.

Je me souviens comme j’étais inquiète de mal-faire. Je devais apprivoiser mon robot. Compter les tours en fonction des vitesses. Je voulais qu’il soit au service de cette farine que j’avais ramenée et à qui je devais un immense respect. Derrière elle, ce couple, mais aussi des paysans. Des paysans qui ont choisi de cultiver le vivant. De revoir ce que l’industrie leur a appris pour se mettre au service de la vie et non plus de la mort.

Je ne voulais pas les décevoir. Ni me décevoir. Je voulais offrir aux miens, à travers ce pain ce que j’avais contacté là-bas.

Ce que j’avais contacté, c’est l’AMOUR. Voilà ce que ce pain est.

L’amour demande engagement. L’amour demande attention. L’amour demande lâcher-prise.

Vous ne ferez pas le pain que vous voulez. C’est le pain qui vous fera. Il vous fera à la hauteur de ce que vous lui donnerez.

J’ai cette immense chance, quand je sens que je suis appelée à faire quelques choses de ne pas me poser mille questions. Je suis mon intuition. C’est après que je m’en pose…trop.

Mais avec le pain. Ce n’est pas la tête qui dirige, mais le cœur. Alors je l’écoute. Depuis maintenant trois ans et demi, en fonction de nos besoins, je prends rendez-vous avec ma farine, mon levain pour donner le meilleur de moi, le meilleur de l’humain que je suis dans l’instant où je me trouve. Et le pain arrive sur la table fait de ce que j’avais en moi ce jour là. Je peux voir à travers lui, si j’étais fatiguée, contrariée, inquiète. Je peux voir si j’étais pleinement présente sans pensées parasites.

Ce pain qui m’a choisie et que j’ai choisi, j’ai envie de vous le partager. De vous apprendre à le confectionner. J’ai mis longtemps à me décider. Je ne voudrais pas qu’il devienne un simple produit. Un de plus sur l’étal de nos possessions.

Bien sûr je n’ai pas à vous dire ce que vous devez en faire. C’est vous qui apprendrez.

Mais je peux vous dire que si vous choisissez d’apprendre à faire ce pain. Cela vous demandera de laisser votre tête au vestiaire. Cela vous demandera des efforts sur le long terme avant que le fruit de votre apprentissage ne vous satisfasse. Cela vous demandera persévérance. Cela vous demandera beaucoup d’amour.

Alors vous découvrirez le secret de ce pain.

Vous pouvez, si vous le souhaitez, en découvrir une partie, à travers le livre « À la recherche du pain vivant » de Roland Feuillas et Jean-Philippe de Tonnac. Un livre dont on ne ressort pas indemne. Un livre au goût délicieux de l’authenticité. Un livre où chaque mot est une nourriture pour l’âme.

À très vite

De cœur à cœur avec vous

Sybille ♥

 

2018-01-31T10:40:47+00:00

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