Point de Vue

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Toute petite, mes yeux déformaient les images. Je ne sais pas par quel fruit du hasard, on a découvert que j’avais un astigmatisme. Ce défaut visuel me faisait voir le monde autrement. Les lunettes que j’ai portées dès mes 4 ou 5 ans, m’ont donnée un style autant que la correction nécessaire pour y voir clair. Elles étaient presque ronde, et du même bleu que la couleur de mes yeux.

À l’âge que j’ai aujourd’hui, c’est la presbytie qui me rattrape. Plutôt que de la percevoir comme l’apanage de l’âge, j’ai choisi de lui donner d’autres attributs. Celui d’affirmer un style à travers 2 paires de lunettes, l’une en bois qui reflète mon goût pour la nature, qui me permet de voir de près comme de loin. Une autre de couleur rouge tulipe pour me faire voir la vie en couleur et surtout d’être capable de repérer les détails. Et puis j’ai aussi appris à voir à travers des lentilles parce chez moi, lunettes et port du masque ne s’accommodent pas.

Avec mes yeux, je peux donc voir le monde qui m’entoure de quatre façons différentes. Mais est-ce vraiment les seules façons de voir ?

Je promenais avec Maya, un matin d’hiver où le froid pique aux joues d’un pas alerte et assuré pour me réchauffer. Devant moi s’élevait La Muzelle, cette montagne, dont on dirait qu’un œil en son centre veille sur nous. Maya prenait tout son temps pour renifler toutes les odeurs qui l’enivraient de joie. Son train plus lent que le mien fit en sorte de tourner mon regard pour m’assurer qu’elle me suivait, c’est alors qu’un autre point de vue m’est apparu.

Un espace blanc immaculé s’étirait jusqu’à des sapins fiers, en plein milieu de mon champ de vision. Au-delà, une chaine montagneuse caressée par la lumière du soleil levant, est venue frapper mon cœur de sa beauté pure.

Encore là mes yeux pour me permettre de voir , mais aussi un autre sens invisible à l’oeil.

Il y aurait-il autant de façons de voir que d’être vivant? Alors où mettons-nous notre regard ? Et quel point de vue nourrissons-nous ?

Laissez-moi vous conter une histoire qui est arrivée jusqu’à moi alors que je me posais ces questions.

Il était une fois six aveugles, instruits et curieux. Ils désiraient, pour la première fois, rencontrer un éléphant afin de compléter leur savoir…

Le premier s’approcha de l’éléphant et, alors qu’il glissait contre son flanc vaste et robuste, il s’exclama: «Dieu me bénisse, un éléphant est comme un mur!».

Le deuxième, tâtant une défense s’écria «Rond, lisse et pointu ! Selon moi, cet éléphant ressemble à une lance!»

Le troisième se dirigea vers l’animal, prit la trompe dans ses mains et dit: «Pour moi, l’éléphant est comme un gros serpent».

Le quatrième tendit une main impatiente, palpa le genou et fut convaincu qu’un éléphant ressemblait à un arbre.

Le cinquième s’étant saisi par hasard de l’oreille, dit aux autres: «Même pour le plus aveugle des aveugles, cette merveille d’éléphant est semblable à un éventail!»

Le sixième chercha à tâtons l’animal et, s’emparant de la queue qui balayait l’air, perçut quelque chose de familier: «Je vois, dit-il, l’éléphant est comme une corde!»

Après leurs découvertes, les six aveugles se mirent à discuter et à débattre longuement et passionnément. Leurs opinions divergeaient et chacun insistait pour faire valoir sa conviction. Persuadés que leurs perceptions étaient l’entière réalité, chacun affirmait son point de vue avec ardeur.  

Il semblait qu’ils n’arriveraient jamais à s’entendre, lorsqu’un sage qui passait par-là, fut surpris de cette véhémence et s’avança vers eux :

« Qu’est-ce vous agite tant ? » dit-il.

« Nous ne pouvons pas nous mettre d’accord pour dire à quoi ressemble l’éléphant ! »

Et chacun d’eux lui dit ce qu’il pensait à ce sujet.

Le sage, amusé, s’exclama : «Vous avez tous dit vrai !
Si chacun de vous décrit l’éléphant si différemment, c’est parce que chacun a touché une partie de l’animal seulement. Et ces parties sont très différentes. L’éléphant a réellement les traits que vous avez tous décrits individuellement selon votre expérience. Et pourtant, aucun d’entre vous ne possède la vérité totale sur cet animal puisque vous n’en avez saisi qu’une partie.
Chacun de vous détient une part de la vérité.”

“Ohhhhhh ! “, s’exclamèrent les aveugles, heureux que chacune de leur réalité soit prise en compte et comprenant maintenant qu’ils parviendraient à une plus juste réalité de l’éléphant en mettant en commun leurs différents points de vue

Ils discutèrent ensemble, curieux de chaque point de vue, afin de découvrir la réalité de cet animal, jusqu’alors inconnu. »

Notre réalité est toujours partielle, n’est-ce pas ? Ne demande-t’elle pas pour s’ouvrir à d’autres possibles de regarder autrement qu’avec nos seuls yeux ?

Je fais le vœux que ce podcast embellisse votre perspective autant que celle de mon changement d’angle lors de ma promenade avec Maya.

À très bientôt

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