Faire son deuil avant de renaître

Jour J – 2. J’aurais aimé écrire que je me sens confiante, sereine et remplie de joie à l’approche de mes 50 ans. En vérité, plus le terme approche, et plus je me sens agitée. Cette agitation ne ressemble pas à de l’excitation comme lorsqu’on attend un rendez-vous amoureux. Je voudrais fuir.
J’ai beau me raisonner. Me dire que ce jour là, il n’y aura pas grand chose de différent de la veille ou de l’avant veille. J’ai beau savoir que je ne vais pas me transformer complètement, que ce soit physiquement comme psychiquement, d’un seul coup d’un seul. Ce cap me trouble plus que je ne l’imaginais.
Peut-être parce que je ne trouve pas de modèle auquel me référer. J’ai bien des femmes “mûres” (je déteste ce mot) qui m’inspirent : Christiane Singer, Agnès Jaoui, Clémentine Célarié, Catherine Ringer, Juliette Binoche, Fanny Ardant… Pour autant, je n’arrive pas à me rassurer.
De quoi ai-je si peur finalement? Du deuil que je vais devoir faire. Le deuil auquel mon corps me prépare. Je le sens par des signes infimes. Moi qui suis réglée comme une horloge, des saignements viennent alors que ce n’est pas le moment. Mon ventre se rappelle à moi par des douleurs subtiles.
Avoir 50 ans dans notre société qui valorisent la jeunesse, c’est passer de l’autre côté. Bien sûr, je ne serai pas encore vieille. Cela aurait été le cas il y a à peine 50 ans pourtant. Mais je rentrerai dans la catégorie des “senior”. Cette classification m’insupporte.

Accepter le temps qui passe. Accueillir les changements qui lui incombent comme ces cheveux blancs que je souhaite apprivoiser. Je cultive cela à travers mes lectures, la méditation, le yoga ou encore le travail personnel que j’ai pu faire. Pourtant, il suffit d’un regard tordu comme celui de Yann Moix qui est “incapable d’aimer une femme de 50 ans parce qu’il trouve “ça trop vieux”, pour rappeler qu’avoir cet âge pose encore problème.
Cette agitation est donc teintée de tristesse et de colère. Ce n’est pas très confortable, mais c’est naturel dans le processus de deuil, non? Viendra le temps de vivre pleinement mes 50 ans. Pour cela, je dois d’abord les célébrer…

Mon corps et moi, une histoire d’amour

Mon corps et moi, une longue histoire. Une histoire de bientôt 50 ans.
Notre relation s’est dégradée à l’adolescence. J’avais toujours quelque chose à lui reprocher. Je n’aimais ni mes cuisses, ni mon ventre. Je trouvais mes seins trop petits. Je teignais et lissais mes cheveux pour ressembler à ces femmes qui me plaisaient. Quand j’estimais être trop grosse, je dissimulais mes formes derrière des vêtements amples. Pour tenter de conformer mon corps à l’image que je m’en faisais, je lui faisais subir à peu près tout ce qui permettait de le contrôler. Des régimes en tout genre au sport sans plaisir , en passant par la chirurgie esthétique, je testais tout ce qui promettait un corps irréprochable.

J’ai mis vingt ans à apprendre et à comprendre que le contrôle de mon corps ne me mènerait jamais à la vie belle et légère à laquelle j’aspirais.
Puisque vingt ans de guerre n’avait pas apporté la paix, j’allais faire autrement. J’ai donc entrepris un travail d’exploration intérieure. Un travail de guérison des blessures intimes. Un travail de réconciliation transgénérationnel. J’allais ainsi apprivoiser mon corps et apprendre à l’aimer tel qu’il est. J’allais lui offrir un regard plus doux. J’allais lui apporter des gestes plus tendres. J’allais arrêter de le modeler à ma guise et lui laisser la liberté d’exister.

À l’aube de mes 50 ans, certains signes me donnent à voir l’évolution de mon corps. Des rides autour des yeux et des lèvres apparaissent. Quelques traits du visage s’affaissent. Des cheveux blancs éclosent ici et là dans ma chevelure. La vue baisse. D’autres interrogations s’invitent. Comment apprivoiser un corps vieillissant ? Comment appréhender la ménopause ? Comment nourrir le désir amoureux avec le temps ?
Ensemble mon corps et moi, avec cette intention de garder une relation harmonieuse et vivante, j’ai confiance que nous saurons trouver les ajustements qui nous conviennent. Aujourd’hui, J’ai simplement envie de me rappeler qu’il ne sert à rien de combattre.